Comprendre vos relevés ADAMI/SPEDIDAM et défendre vos intérêts - Guide pour artistes-interprètes
Introduction
En tant qu'artiste-interprète, une part significative de vos revenus professionnels provient des droits voisins gérés par l'ADAMI (Société civile pour l'Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes) et la SPEDIDAM (Société de Perception et de Distribution des Droits des Artistes-Interprètes). Ces organismes collectent et redistribuent les sommes générées par l'exploitation de vos interprétations fixées sur enregistrements sonores ou audiovisuels.
Pourtant, de nombreux artistes peinent à comprendre leurs relevés de droits, à identifier les sources de rémunération, ou à s'assurer que l'intégralité des utilisations de leurs prestations est bien prise en compte. Cette difficulté est souvent amplifiée par la complexité des systèmes de répartition et le langage technique utilisé dans les documents administratifs.
Ce guide vous propose de décrypter les mécanismes de l'ADAMI et de la SPEDIDAM, de comprendre précisément vos relevés de droits, et d'acquérir les outils nécessaires pour défendre efficacement vos intérêts en tant qu'artiste-interprète.
🎯 Résumé exécutif - 3 minutes de lecture
🎯 Objectif : Maximiser vos droits voisins ADAMI/SPEDIDAM et éviter les manques à gagner.
💡 Points clés :
- Vérifiez vos relevés : Codes manquants = argent perdu
- Déclarez TOUT : Prestations live, sessions studio, collaborations
- Suivez vos diffusions : Radio, TV, streaming, synchronisations
- Réclamez activement : En cas d'oubli, vous avez 5 ans pour rattraper
🚨 Actions immédiates :
- Connectez-vous à vos espaces ADAMI/SPEDIDAM
- Vérifiez vos déclarations des 2 dernières années
- Contactez si vous repérez des absences
💰 Impact estimé : Un suivi rigoureux peut augmenter vos droits voisins de 20 à 50%.
🔄 Fonctionnement des droits voisins - Circuit de la rémunération
Le rôle des sociétés de gestion collective pour les artistes-interprètes
ADAMI et SPEDIDAM : missions et différences
Ces deux organismes gèrent les droits voisins des artistes-interprètes, mais avec des périmètres différents :
| Critères | ADAMI | SPEDIDAM |
|---|---|---|
| Artistes principalement représentés | Artistes principaux nommément désignés sur les pochettes/génériques | Artistes non principaux, musiciens d'accompagnement |
| Base de répartition | Notoriété et rôle principal sur l'enregistrement | Participation effective aux séances d'enregistrement |
| Documentation principale | Déclarations, crédits sur pochettes et génériques | Feuilles de présence des séances d'enregistrement |
| Affiliation | Sur demande, ouvert à tous les artistes principaux | Automatique lors de la signature d'une feuille de présence |
| Fonctionnement | Sociétariat avec droit de vote aux assemblées générales | Ayant droit sans nécessité d'adhésion formelle |
- ❌ "Je ne suis pas inscrit ADAMI/SPEDIDAM, le producteur paie tout" → Faux. Producteur = 50%, vous = 50%. Sans inscription, vos 50% restent dans les irrépartissables
- ❌ "Je n'ai jamais vérifié mes relevés depuis 3 ans" → Erreurs fréquentes non détectées = argent perdu. Prescription à 5 ans
- ❌ "Je ne déclare que mes albums, pas mes sessions/featuring" → Chaque prestation génère des droits. Session studio × 50/an = 2 000-5 000€ perdus
- ❌ "Mon code ISRC n'est pas renseigné sur mes relevés" → Identification impossible = droits non attribués = 0€ perçu. Réclamez immédiatement
- ❌ "Je ne sais pas si je suis ADAMI ou SPEDIDAM" → Vérifiez. Vous pouvez être les 2 selon vos prestations
- ❌ "Je n'ai jamais réclamé de droits manquants" → De nombreux artistes ont des droits non perçus fréquemment. Réclamez !
💡 Action immédiate : Connectez-vous MAINTENANT à vos espaces ADAMI + SPEDIDAM. Vérifiez vos 2 derniers relevés (10 min chrono). Si doutes → contact service artistes.
💡 Mathieu découvre 3 800€ de droits oubliés
Mathieu, batteur pro de 38 ans, travaille beaucoup : albums, concerts, sessions studio. Il est inscrit ADAMI + SPEDIDAM mais ne vérifie jamais ses relevés ("Trop compliqué").
Mars 2025 : Un collègue lui parle de Portée. Mathieu prend 30 min pour vérifier ses relevés 2023-2024.
Découvertes :
- Album "Horizon" (2022) : 15 passages radio France Inter détectés, mais seulement 8 apparaissent sur son relevé ADAMI → 7 passages manquants (~ 420€)
- Sessions studio 2023 : 12 sessions déclarées SPEDIDAM, mais Mathieu en a fait 28 → 16 sessions manquantes (~ 1 600€)
- Featuring sur album pop (2021) : Mathieu est crédité batterie, album diffusé en radio + streaming. 0€ perçu → code ISRC manquant sur relevé (~ 1 200€)
- Concert live TV (2023) : Diffusion Arte Concert → non comptabilisé (~ 580€)
Actions de Mathieu (2h de travail) :
- Réclamation ADAMI avec captures Radioplayer pour les 7 passages manquants
- Réclamation SPEDIDAM avec feuilles de présence retrouvées (16 sessions)
- Contact producteur pour code ISRC album pop → fourni à ADAMI
- Réclamation Arte Concert avec lien replay + générique visible
Résultat (4 mois plus tard) : Mathieu reçoit 3 800€ de régularisation rétroactive.
💡 Leçon : 30 min de vérification + 2h de réclamations = 3 800€ récupérés. ROI : 1 266€/heure. Vérifiez vos relevés TOUS LES TRIMESTRES.
Les droits collectés et répartis
L'ADAMI et la SPEDIDAM collectent et redistribuent plusieurs types de rémunérations :
- Rémunération équitable (nom officiel du droit légal incessible) : argent versé aux artistes-interprètes chaque fois que leur enregistrement passe à la radio, à la TV, dans un bar/restaurant, magasin, etc. Vous touchez ces droits même si vous avez signé un buyout avec le producteur.
- Copie privée sonore et audiovisuelle : compensation financière versée aux artistes parce que les gens peuvent copier leurs enregistrements (sur clés USB, disques durs, smartphones, etc.). En pratique : Une taxe est prélevée sur les supports vierges (clés USB, disques durs externes) et reversée par Copie France aux artistes via l'ADAMI/SPEDIDAM.
- Droits exclusifs : cédés par les artistes pour certaines exploitations spécifiques
- Accords collectifs : conventions négociées avec des utilisateurs pour certains secteurs
- Droits internationaux : perçus via des accords de réciprocité avec des sociétés étrangères
Le circuit de vos droits
Pour comprendre vos relevés, il est essentiel de saisir le parcours de vos droits :
- Exploitation : Utilisation de vos enregistrements (diffusion radio, TV, lieux publics...)
- Perception : Collecte des sommes auprès des utilisateurs par la SPRE (Société pour la Perception de la Rémunération Équitable) et Copie France
- Répartition primaire : Division entre producteurs phonographiques (50%) et artistes-interprètes (50%)
- Répartition secondaire : Distribution aux artistes-interprètes selon les règles de l'ADAMI ou de la SPEDIDAM
- Versement : Paiement sur votre compte après déduction des frais de gestion
- La SPRE collecte 100€ auprès d'une radio
- 50€ vont aux producteurs (via la SCPP ou la SPPF)
- 50€ vont aux artistes-interprètes
- Cette somme est répartie entre l'ADAMI et la SPEDIDAM selon une clé préétablie
- Chaque société distribue sa part entre ses ayants droit selon ses propres règles
- Après déduction des frais de gestion (12-14%), chaque artiste reçoit sa part
💰 Les 4 principaux types de droits voisins
Décrypter vos relevés ADAMI
Structure et organisation des relevés
Les relevés de l'ADAMI présentent généralement les sections suivantes :
- En-tête : Vos informations personnelles, numéro de sociétaire, période concernée
- Récapitulatif : Montant total versé et vue d'ensemble par type de droits
- Détail par enregistrement : Liste des œuvres ayant généré des droits
- Répartition par type de droits : Ventilation par source (rémunération équitable, copie privée...)
- Solde et informations complémentaires : Montants reportés, précomptes, etc.
- Vérifiez d'abord le montant total et la période concernée
- Identifiez les différentes sources de droits dans le récapitulatif
- Examinez le détail par enregistrement pour vous assurer que tous vos titres sont bien présents
- Contrôlez les montants par titre en fonction de leur importance dans votre catalogue
- Vérifiez les éventuels reports ou retenues
Comprendre les codes et abréviations
Les relevés ADAMI utilisent de nombreux codes qu'il est important de décrypter :
1. Codes de type de droits
- REM EQ : Rémunération équitable (radio, lieux publics)
- CPS : Copie privée sonore
- CPA : Copie privée audiovisuelle
- DE-TV : Droits exclusifs télévision
- DE-VOD : Droits exclusifs vidéo à la demande
- INT-XX : Droits internationaux (XX étant le code pays)
2. Codes de qualification artistique
- S : Soliste
- CS : Chef de groupe soliste
- CGM : Chef de groupe musicien
- M : Musicien
- C : Choriste
- D : Danseur
- A : Artiste dramatique
"TITRE DE L'ŒUVRE / ALBUM XYZ / REM EQ / S / 73,45€"
Cette ligne signifie que vous avez perçu 73,45€ de rémunération équitable en tant que soliste pour le titre mentionné sur l'album XYZ.
Les particularités du système de répartition ADAMI
La répartition de l'ADAMI repose sur plusieurs principes spécifiques :
- Système de points selon le rôle de l'artiste (soliste, musicien, etc.)
- Pondération selon l'importance du phonogramme ou du vidéogramme
- Critère de notoriété pour certaines répartitions
- Système déclaratif pour les œuvres non identifiées automatiquement
Pour 1000€ de droits à répartir sur un enregistrement avec 5 participants :
- Soliste/Artiste principal : 500€ (50%)
- Chef d'orchestre : 200€ (20%)
- Musicien 1 : 100€ (10%)
- Musicien 2 : 100€ (10%)
- Choriste : 100€ (10%)
Cette répartition est indicative et varie selon les règles précises définies par l'ADAMI.
Décrypter vos relevés SPEDIDAM
Organisation et spécificités des relevés
Les relevés de la SPEDIDAM présentent une structure différente de ceux de l'ADAMI :
- Informations générales : Vos coordonnées, numéro d'ayant droit, période
- Tableau synthétique : Montants par type de droits et origine
- Détail par feuille de présence : Répartition par séance d'enregistrement
- Liste des phonogrammes/vidéogrammes exploités pendant la période
- Informations fiscales : Précomptes et taxes applicables
- Identifiez les feuilles de présence concernées par la répartition
- Vérifiez la correspondance entre ces feuilles et les séances auxquelles vous avez participé
- Contrôlez les enregistrements mentionnés et leur exploitation déclarée
- Examinez les montants attribués à chaque exploitation
- Assurez-vous que toutes vos participations connues sont bien référencées
Le système des feuilles de présence
Le fonctionnement de la SPEDIDAM repose sur un élément clé : la feuille de présence signée lors des séances d'enregistrement. Ce document est fondamental pour plusieurs raisons :
- Il constitue la preuve de votre participation à l'enregistrement
- Il détermine votre qualité d'ayant droit SPEDIDAM sans nécessité d'adhésion
- Il établit votre rôle précis dans l'enregistrement (instrument, fonction)
- Il sert de base documentaire pour toutes les répartitions futures
- Il permet de vous retrouver et identifier même en cas de changement de nom ou de coordonnées
Les codes spécifiques aux relevés SPEDIDAM
Les relevés SPEDIDAM utilisent leur propre nomenclature :
1. Codes de type de droits
- RE : Rémunération équitable
- CPS : Copie privée sonore
- CPA : Copie privée audiovisuelle
- RAD : Radiodiffusion
- TLVB : Télévision et câble
- ETRD : Droits provenant de l'étranger
2. Codes d'exploitation
- CD-PS : CD physique du commerce
- TV-JT : Journal télévisé
- RAD-MUS : Émission musicale radio
- DISCO : Discothèque
- WEB-ST : Streaming web
"FP n°123456 / TITRE / CD-PS / RE / 45,30€"
Cette ligne indique que vous avez perçu 45,30€ de rémunération équitable (RE) pour l'exploitation en CD du commerce (CD-PS) d'un enregistrement identifié par la feuille de présence n°123456.
Pour la SPEDIDAM, chaque musicien ayant participé à une même séance d'enregistrement (identifiée par une feuille de présence) reçoit généralement une part égale des droits générés par l'exploitation de cet enregistrement, quel que soit son instrument ou son rôle.
Exemple de calcul pour un enregistrement avec 5 musiciens :
- Montant collecté pour cet enregistrement : 1 000€
- Part des artistes-interprètes (50%) : 500€
- Part SPEDIDAM (selon clé de répartition avec ADAMI) : 400€
- Après frais de gestion (14%) : 344€
- Répartition équitable entre les 5 musiciens : environ 68,80€ chacun
Optimiser la gestion de vos droits
Mettre en place un système de suivi efficace
Pour maximiser vos revenus de droits voisins, un suivi rigoureux est indispensable :
- Constituez un dossier dédié aux droits voisins contenant :
- Copies de toutes les feuilles de présence signées
- Liste exhaustive de vos participations à des enregistrements
- Contrats d'artiste-interprète
- Relevés de droits des dernières années
- Correspondances avec l'ADAMI et la SPEDIDAM
- Créez un tableau de suivi incluant :
- Date et lieu de chaque séance d'enregistrement
- Titre de l'œuvre et de l'album/projet
- Producteur phonographique ou audiovisuel
- Votre rôle précis (soliste, musicien, instrument)
- Numéro de feuille de présence SPEDIDAM (le cas échéant)
- Date de sortie commerciale ou de première diffusion
- Exploitations connues (radio, TV, plateformes)
- Droits perçus par répartition
- Établissez une routine de vérification :
- Après chaque répartition ADAMI/SPEDIDAM
- À chaque nouvelle sortie ou exploitation significative
- Bilan annuel complet
Optimiser votre déclaration et documentation
La qualité et l'exhaustivité de vos déclarations déterminent en grande partie l'efficacité de la perception de vos droits :
1. Pour l'ADAMI
- Déclarer rapidement toute nouvelle interprétation en tant qu'artiste principal
- Fournir des justificatifs précis (pochettes, génériques, contrats)
- Mettre à jour régulièrement votre répertoire dans votre espace personnel
- Vérifier l'exactitude de votre qualification artistique sur chaque enregistrement
- Signaler tout changement de situation (nom d'artiste, coordonnées)
2. Pour la SPEDIDAM
- Exiger systématiquement de signer une feuille de présence lors de chaque séance
- Conserver une copie de chaque feuille de présence signée
- Noter le numéro de feuille de présence dans vos archives personnelles
- Vérifier régulièrement vos informations dans la base de données SPEDIDAM
- Déclarer les exploitations dont vous avez connaissance
Marion, violoniste de studio, a mis en place un système méthodique de suivi de ses participations : photo de chaque feuille de présence, classement par date et producteur, et vérification systématique des relevés. En analysant ses documents, elle a constaté que 7 séances d'enregistrement pour une série télévisée à succès n'apparaissaient sur aucun relevé SPEDIDAM sur trois ans. Après réclamation avec preuves à l'appui, elle a perçu un rappel de plus de 4 300€ de droits voisins qui n'avaient pas été correctement attribués.
Stratégies contractuelles
Vos contrats d'artiste-interprète ont un impact direct sur vos droits voisins :
- Refuser les clauses de cession globale de droits voisins sans rémunération proportionnelle
- Négocier des limitations dans le temps et l'espace des cessions de droits
- Demander des compléments de rémunération pour les exploitations secondaires
- Faire préciser explicitement votre rôle et qualification artistique
- Intégrer une clause d'obligation d'utilisation de feuilles de présence SPEDIDAM
Défendre vos intérêts et résoudre les problèmes
Identifier les anomalies dans vos relevés
Pour repérer efficacement les problèmes dans vos relevés, soyez attentif à :
- Enregistrements manquants : phonogrammes/vidéogrammes absents des relevés
- Qualifications erronées : rôle artistique mal identifié
- Exploitations non comptabilisées : diffusions connues mais non rémunérées
- Montants anormalement bas pour des exploitations importantes
- Disparités inexpliquées entre différentes périodes de répartition
- Incohérences entre la documentation fournie et les droits versés
- Comparez avec les relevés précédents pour la même œuvre
- Vérifiez si toutes vos participations connues sont mentionnées
- Contrôlez votre qualification artistique sur chaque enregistrement
- Évaluez la cohérence des montants par rapport à l'exploitation réelle
- Documentez précisément toute anomalie identifiée
Préparer et soumettre une réclamation efficace
Pour maximiser vos chances d'obtenir satisfaction :
- Rassemblez les preuves nécessaires :
- Contrats d'artiste-interprète
- Feuilles de présence SPEDIDAM
- Pochettes, livrets, crédits officiels
- Attestations du producteur ou du directeur artistique
- Preuves d'exploitation (playlists radio, programmes TV)
- Relevés antérieurs prouvant des incohérences
- Rédigez une demande précise et documentée :
- Identifiez-vous clairement (numéro de sociétaire/ayant droit)
- Décrivez l'anomalie constatée avec précision
- Référencez les preuves jointes
- Formulez une demande spécifique et chiffrée si possible
- Restez factuel et professionnel
- Utilisez le canal approprié :
- ADAMI : portail sociétaire ou service répartition
- SPEDIDAM : service des ayants droit
- Privilégiez l'écrit avec accusé de réception
- Conservez une trace de toutes vos démarches
- Assurez un suivi rigoureux :
- Notez les dates et références de vos échanges
- Relancez après un délai raisonnable (4-6 semaines)
- Demandez un échéancier de traitement
Recours et procédures en cas de désaccord persistant
Si vos démarches initiales n'aboutissent pas, plusieurs options s'offrent à vous :
1. Pour l'ADAMI
- Commission des réclamations : instance interne spécialisée
- Conseil d'administration : pour les questions de principe
- Médiateur externe : pour les différends complexes
2. Pour la SPEDIDAM
- Service juridique : examen approfondi des cas complexes
- Commission d'attribution des droits : pour les questions d'éligibilité
- Direction générale : pour les situations exceptionnelles
3. Recours externes
- Médiateur de la musique : autorité indépendante créée par la loi LCAP de 2016
- Syndicats d'artistes-interprètes : SNAM-CGT, SFA, SAMUP pour assistance
- Action judiciaire : procédure devant le tribunal judiciaire (avec avocat)
Un groupe de musiciens n'avait jamais perçu de droits pour un album à succès sorti 3 ans auparavant. Après plusieurs réclamations sans succès auprès de la SPEDIDAM, ils ont saisi le Médiateur de la musique en fournissant leurs contrats et les preuves de leur participation. L'enquête a révélé que le producteur n'avait jamais transmis les feuilles de présence, bien qu'elles aient été signées. Suite à la médiation, la SPEDIDAM a accepté, à titre exceptionnel, de reconstituer les feuilles manquantes sur la base des contrats et témoignages, permettant aux musiciens de percevoir leurs droits rétroactivement.
Enjeux spécifiques et cas particuliers
La double affiliation ADAMI-SPEDIDAM
De nombreux artistes-interprètes sont concernés par les deux organismes :
- Complémentarité des statuts : artiste principal sur certains projets, musicien d'accompagnement sur d'autres
- Double déclaration : nécessité de suivre les procédures des deux organismes
- Vigilance particulière sur les exploitations qui pourraient générer des droits des deux côtés
- Coordination des réclamations en cas de problème complexe
Les droits internationaux
L'exploitation de vos interprétations à l'étranger génère également des droits :
- Accords de réciprocité entre sociétés de gestion de différents pays
- Délais plus longs pour la perception et la répartition
- Documentation spécifique souvent nécessaire
- Variabilité importante selon les législations nationales
Voici les pays qui offrent généralement les meilleures protections et rémunérations pour les artistes-interprètes :
- France, Belgique, Pays-Bas (système très protecteur)
- Allemagne, Espagne, Italie (bonne protection)
- Royaume-Uni, Canada, Australie (protection moyenne)
- Japon, Brésil, Corée du Sud (en amélioration)
- États-Unis (système très différent, droits limités)
Cette hiérarchie varie selon le type d'exploitation (radio, TV, streaming) et évolue avec les législations nationales.
Les nouveaux médias et exploitations numériques
L'évolution des usages digitaux crée de nouveaux défis :
- Streaming et plateformes VOD : modalités de répartition en évolution
- Réseaux sociaux et UGC (contenu généré par les utilisateurs) : accords récents
- Métavers et nouveaux usages : cadres juridiques encore flous
- IA et voix synthétiques : enjeux émergents pour les interprètes
Outils et ressources pour mieux gérer vos droits
Outils numériques et applications
Plusieurs solutions peuvent faciliter la gestion de vos droits voisins :
- Espaces personnels ADAMI et SPEDIDAM en ligne
- Applications de numérisation pour archiver vos feuilles de présence
- Logiciels de suivi de catalogue (Songtracker, MusicData)
- Services de détection des exploitations (Yacast, Kantar)
- Outils collaboratifs pour musiciens travaillant régulièrement ensemble
Formation et accompagnement
Pour approfondir vos connaissances et compétences :
- Webinaires et sessions d'information organisés par l'ADAMI et la SPEDIDAM
- Formations syndicales (SNAM-CGT, SFA, SAMUP)
- Consultations gratuites proposées par certaines structures
- Groupes d'entraide entre artistes-interprètes
- Services d'accompagnement personnalisé du CNM
Ressources documentaires
Pour approfondir votre compréhension du système :
- Guides pratiques édités par l'ADAMI et la SPEDIDAM
- Règles de répartition détaillées (disponibles sur demande)
- Rapports annuels des sociétés de gestion
- Fiches techniques du Centre National de la Musique
- Documentation juridique sur les droits voisins
"J'ai longtemps considéré les droits voisins comme un bonus aléatoire et incompréhensible. Après avoir suivi une formation spécifique et mis en place un système de suivi rigoureux, mes revenus ADAMI et SPEDIDAM ont augmenté de 172% en trois ans, sans que mon activité d'enregistrement n'ait significativement changé. La seule différence ? Je connais désormais mes droits, je documente tout systématiquement et je vérifie méthodiquement chaque relevé." - Michel R., batteur professionnel
Perspectives d'évolution et vigilance future
Transformations du secteur et impacts sur les droits voisins
Plusieurs évolutions majeures sont en cours ou à prévoir :
- Poids croissant du streaming dans les répartitions
- Émergence de nouveaux modèles économiques digitaux
- Développement des usages de l'IA concernant les interprétations
- Révisions des accords collectifs avec les diffuseurs
- Évolutions technologiques dans l'identification des œuvres
Alertes et points de vigilance pour l'avenir
Certains développements méritent une attention particulière :
- Surveillance des nouvelles exploitations non encore couvertes par les accords
- Attention aux utilisations par l'IA de votre voix ou interprétation
- Vérification des réformes des systèmes de répartition
- Suivi des évolutions législatives nationales et européennes
- Participation aux consultations et débats professionnels
Conclusion : vers une gestion proactive de vos droits voisins
Comprendre et optimiser la gestion de vos droits ADAMI et SPEDIDAM n'est pas simplement une question administrative – c'est un élément fondamental de votre viabilité économique en tant qu'artiste-interprète. Dans un écosystème musical en constante évolution, où les modes d'exploitation se multiplient, la vigilance et la proactivité deviennent des compétences professionnelles essentielles.
Pour une gestion optimale de vos droits voisins :
- Documentez rigoureusement toutes vos participations à des enregistrements
- Exigez systématiquement les feuilles de présence et déclarations appropriées
- Créez un système d'archivage efficace de vos justificatifs
- Analysez méthodiquement chaque relevé de droits
- Réclamez sans hésiter en cas d'anomalie détectée
- Négociez des clauses protectrices dans vos contrats d'interprète
- Restez informé des évolutions du système et de vos droits
Ressources complémentaires
- ADAMI : Guides pratiques, service sociétaires et assistante personnalisée
- SPEDIDAM : Documentation, service des ayants droit et consultations
- CNM (Centre National de la Musique) : Formations et ressources documentaires
- SNAM-CGT, SFA, SAMUP : Syndicats d'artistes-interprètes proposant assistance et conseil
- IRMA (Centre d'Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles) : Fiches pratiques
- La GAM (Guilde des Artistes de la Musique) : Information et défense des droits
- Médiateur de la musique : Ressources et procédures de médiation
❓ FAQ - Questions fréquentes
Q1 : Quelle est la différence entre l'ADAMI et la SPEDIDAM ? Dois-je m'inscrire aux deux ?
Réponse : L'ADAMI et la SPEDIDAM sont deux sociétés de gestion collective des droits voisins des artistes-interprètes. Elles gèrent les mêmes types de droits, mais pour des artistes différents.
ADAMI (Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes) :- Pour qui : Artistes-interprètes solistes principaux (chanteurs, solistes instrumentaux, artistes en premier plan)
- Exemples : Chanteur principal d'un groupe, saxophoniste solo mis en avant, rappeur, artiste solo
- Inscription : www.adami.fr (gratuite)
- Pour qui : Artistes-interprètes musiciens d'accompagnement (choristes, musiciens de studio, orchestres, sections rythmiques)
- Exemples : Batteur de session, choriste, violoniste dans un orchestre, bassiste studio
- Inscription : www.spedidam.fr (gratuite)
- Vous êtes parfois artiste principal (votre projet solo) ET parfois musicien accompagnateur (sessions studio pour d'autres artistes)
- Vous faites du multi-instrumentisme : selon les projets, vous pouvez être soliste mis en avant ou musicien de section
Exemple : Vous êtes chanteur principal de votre groupe (ADAMI) + vous faites des chœurs pour d'autres artistes en studio (SPEDIDAM) → Inscrivez-vous aux deux.
Q2 : Je n'ai jamais reçu de relevé ADAMI/SPEDIDAM. Est-ce normal ?
Réponse : Cela peut être normal si vous débutez, mais voici les causes possibles :
Raisons légitimes (pas d'inquiétude) :- Délai de perception : Les droits voisins sont versés avec un délai de 12 à 24 mois après la diffusion/exploitation. Si votre enregistrement est sorti récemment, attendez encore.
- Seuil de versement non atteint : L'ADAMI verse dès 15€ par virement (source). La SPEDIDAM a un seuil fixé par son Conseil d'Administration. En dessous, les sommes sont cumulées jusqu'à atteindre ce seuil.
- Aucune exploitation générante : Si vos enregistrements ne passent jamais en radio/TV, ne sont pas streamés massivement, ou ne sont pas utilisés en public, il n'y a pas de droits voisins à percevoir.
- Vous n'êtes pas inscrit : Vérifiez que vous avez bien créé votre compte ADAMI/SPEDIDAM et complété votre dossier
- Le producteur ne vous a pas déclaré : C'est le producteur du master qui doit déclarer votre participation à l'ADAMI/SPEDIDAM. S'il ne l'a pas fait, vous ne toucherez JAMAIS ces droits.
- Action : Contactez le producteur/label et demandez-lui de vous déclarer officiellement (fournissez votre numéro ADAMI/SPEDIDAM)
- Preuve : Envoyez votre feuille de présence signée lors de la session d'enregistrement
- Vos coordonnées sont obsolètes : Si vous avez déménagé ou changé de RIB, les relevés peuvent être perdus
- Action : Connectez-vous à votre espace en ligne ADAMI/SPEDIDAM et vérifiez/mettez à jour vos coordonnées
- L'enregistrement n'a pas d'ISRC : Sans code ISRC, l'enregistrement ne peut pas être identifié par les diffuseurs et donc aucun droit ne vous est versé
- Action : Demandez au producteur/distributeur d'attribuer un ISRC à votre enregistrement
- Connectez-vous à votre espace ADAMI/SPEDIDAM
- Section "Mes enregistrements" → Vérifiez si vos participations sont bien enregistrées dans leur base
- Si absentes : Contactez le service sociétaires avec vos preuves (feuille de présence, contrat, crédits d'album)
- Délai de traitement des réclamations : 2-4 mois
Q3 : Si je cède mes droits voisins au producteur (buyout), puis-je quand même toucher l'ADAMI/SPEDIDAM ?
Réponse : OUI, absolument. Les droits voisins gérés par l'ADAMI/SPEDIDAM sont incessibles et imprescriptibles selon le Code de la Propriété Intellectuelle (art. L212-3).
Explication juridique :Même si vous signez un contrat avec un producteur où vous acceptez un buyout (paiement forfaitaire unique) en échange de vos droits d'interprète, cela ne concerne QUE les droits primaires (négociés directement avec le producteur). Les droits voisins de rémunération équitable restent toujours vôtres.
Ce que vous pouvez céder au producteur (buyout) :- Droit de reproduction initiale : Votre autorisation pour que le producteur enregistre et exploite votre prestation
- Droits primaires de communication au public : Utilisation commerciale directe du master (ventes, streaming)
- Rémunération équitable pour la diffusion publique : Droits versés par l'ADAMI/SPEDIDAM pour les passages radio/TV, bars, commerces
- Copie privée : Compensation pour les copies privées (sur supports vierges)
- Droits à rémunération pour prêt en bibliothèque
Vous enregistrez une session studio pour 300€ en buyout. Le producteur sort l'album et le morceau passe 100 fois sur France Inter. Résultat :
- Le producteur : Conserve tous les revenus de ventes et streaming (vous avez accepté le buyout)
- Vous (via ADAMI/SPEDIDAM) : Recevez vos droits de rémunération équitable pour les 100 passages radio (environ 80-150€ selon audience) même avec le buyout
Cet article a été rédigé pour la plateforme "Portée" à partir des dispositions et pratiques en vigueur en France en janvier 2026. Il est spécifiquement conçu pour les artistes-interprètes. Il ne constitue pas un avis juridique personnalisé. Pour toute situation spécifique, consultez un professionnel spécialisé en droit de la propriété intellectuelle et gestion des droits voisins.
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